Des psychiatres auraient traité des étudiants de yeshivah pour inhiber leurs désirs sexuels.


09 décembre 2019

Le ministère israélien de la santé lance une enquête sur quatre psychiatres qui auraient prescrit des médicaments à des étudiants ultra-orthodoxes, dont des mineurs, pour freiner leur libido. Après la diffusion d’un reportage télévisé qui a révélé cette pratique.

La Douzième chaîne a reçu des témoignages d’anciens étudiants de yeshivah qui ont connu cette pratique, de grés ou de force, comme l’explique l’un d’eux : « La condition était que je prenne les pilules. De 9 à 15 ans, j’ai pris des pilules psychotropes dont je n’avais pas besoin, raconte-t-il. Je ne mangeais plus et je ne dormais plus, cela me rendait dépressif et faisait de moi l’ombre de moi-même. Je n’en voulais pas. Ils m’en ont aussi donné de force, un professeur m’a attrapé par la gorge, a mis la pilule dedans et a versé de l’eau ». La plupart des témoignages affirment que des étudiants ultra-orthodoxes, provenant de mouvements hassidiques, ont reçu des antipsychotiques ou des antidépresseurs lourds en raison de leurs effets secondaires (car ceux-ci diminuent la libido), après qu'ils aient admis des pensées sexuelles notamment envers d’autres hommes.

Ce phénomène serait apparu dans les années 90 dans la communauté hassidique Gour, réputée pour être stricte en matière de sexualité. Puis il se serait répandu à d’autres communautés hassidiques qui appliquent également des lois rigoureuses dans ce domaine. De plus, certains anciens responsables de yeshivah, interviewés par la chaîne, ont confirmé cette pratique au sein des établissements.

A la suite de ces témoignages, la douzième chaîne a envoyé deux anciens ultra-orthodoxes en infiltration dans la communauté Gour pour se faire passer pour des étudiants avec des penchants homosexuels et se faire traiter par d’éminents professionnels de la santé mentale. Dans ce reportage, on y voit des médecins et psychiatres y préscrirent du Paroxetine et du Risperidone, ce dernier étant utilisé pour traiter la schizophrénie.

Le reportage est contesté par l’hôpital qui a déclaré dans un communiqué : « Pour des raisons de confidentialité des patients, nous ne pouvons pas répondre aux allégations erronées et sans fondement présentées dans cette enquête ». De plus, certains psychiatres présents dans le reportage affirment avoir utilisé ces produits psychotropes après avoir longuement discuté avec leurs patients, où ils leurs font passer un test conçu pour déceler les symptômes de la détresse psychologique et que le reportage n’a pas été diffusé dans son intégralité.

Néanmoins le ministère de la santé a demandé des explications aux professionnels présents dans le reportage. Il va ouvrir une enquête sur le sujet. La procédure n’aboutira peut-être pas sur des sanctions puisque trois des quatre psychiatres ont déjà fait l’objet d’une enquête au cours de la dernière décennie.

Matéo Le Duc

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